La liberté d’expression du salarié constitue un principe fondamental du droit du travail français. Reconnue tant par la jurisprudence interne que par les textes européens, elle permet au salarié d’exprimer des critiques à l’égard de son employeur ou du fonctionnement de l’entreprise.
Toutefois, cette liberté n’est pas absolue. Elle se heurte notamment à l’obligation de loyauté qui découle du contrat de travail.
Par un arrêt du 14 janvier 2026, la chambre sociale de la Cour de cassation vient préciser les contours de cet équilibre délicat.
Une salariée avait adressé un courriel contenant des critiques sur certaines pratiques internes de l’entreprise.
L’employeur, estimant que les propos dépassaient le cadre admissible de la liberté d’expression et caractérisaient un comportement déloyal, a procédé à son licenciement. La salariée a saisi la juridiction prud’homale afin de contester la rupture, invoquant la protection attachée à sa liberté d’expression. La cour d’appel a validé le licenciement, considérant que les propos litigieux ne relevaient pas d’un exercice normal de la liberté d’expression. Un pourvoi en cassation a été formé.
La Cour de cassation rejette le pourvoi. Elle confirme que : « La liberté d’expression du salarié ne peut dégénérer en abus, et l’exercice de ce droit doit s’apprécier au regard de l’obligation de loyauté découlant du contrat de travail. »
Le licenciement était donc justifié. La jurisprudence constante reconnaît au salarié une liberté d’expression dans et hors de l’entreprise.
Il peut formuler des critiques, même vives, à condition qu’elles ne soient pas diffamatoires ou excessives. La protection est d’autant plus forte lorsque les propos s’inscrivent dans un débat professionnel ou collectif.
L’obligation de loyauté découle de l’article 1104 du Code civil et irrigue la relation de travail.
Elle impose au salarié de ne pas adopter un comportement portant atteinte aux intérêts légitimes de l’employeur.
L’arrêt du 14 janvier 2026 illustre que la liberté d’expression n’efface pas l’exigence de loyauté et l’appréciation du caractère abusif relève du pouvoir souverain des juges du fond.
Par cet arrêt du 14 janvier 2026, la Cour de cassation confirme une ligne jurisprudentielle constante selon aquelle la liberté d’expression du salarié est protégée, mais elle trouve sa limite dans l’abus et dans l’obligation de loyauté contractuelle.
La décision ne restreint pas la liberté d’expression ; elle en précise les contours en rappelant que l’équilibre entre droit fondamental et exigence contractuelle demeure au cœur du droit du travail.
Cour de cassation du 14 janvier 2026 (n° 23-17.946)
Romain Jay – Avocat associé
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